La fin du monde (au moins)

Bon je pense que vous ne serez pas trop surpris d’apprendre que j’ai lâché le blog (nan SANS RIRE ?!?). Si j’avais été plus sérieuse j’aurais écrit plus tôt pour m’expliquer mais bon, les délais et moi on n’a jamais été très copains.

C’est donc un vrai au revoir puisque cette année j’ai décidé de revoir mes priorités, et écrire des articles n’en a jamais fait partie. L’objectif numéro 1 de ma vie, c’est d’écrire un roman, et franchement j’arrive pas à gérer les deux à la fois. Donc voilà, j’ai lâchement abandonné le moins intéressant des deux. J’ai entendu quelques plaintes, comme quoi c’est dommage et tout, mais bon promis vous survivrez^^ (Et un jour peut-être je vous raconterai la fin de Belle du Seigneur, qui sait…) Et si vous voulez pouvoir dire un jour « moi cette auteur-là je la connaissais déjà à l’époque où elle écrivez des conneries sur un blog » et bien vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Ceci dit si vraiment je vous manque trop, vous pouvez me retrouver à cette adresse : http://almostaguitarplayer.tumblr.com/

C’est pas un blog, juste un petit tumblr sans prétention sur mon dur quotidien de guitariste débutante. Un peu inspiré par ma vie quotidienne, largement inspiré par ma connerie.

Saison 2012-2013 : Le bilan des comédies

Alors ça va être vite vu parce que niveau comédies l’année n’a pas été très riche. Je crains que Friends ne m’ait rendue affreusement exigeante, et parfois je désespère de trouver une comédie qui ne me lasse pas rapidement. Mais comme trop de dramas nuit à la santé, à force de creuser j’ai bien trouvé de quoi m’occuper cette année. Et après bien des tris et quelques abandons, voici les grands gagnants de la saison passée :

3. Friday night dinner

Sitcom anglaise de Robert Popper

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Friday night dinner présente le sacro-saint dîner du vendredi soir dans une famille tout ce qu’il y a de plus typique. Cette série, c’est toute l’essence de la famille capturée en 20 minutes avec le mordant de l’humour anglais. Le sujet est ô combien banal, et ce n’est pas ici que vous aurez le plus de retournements de situations improbables, mais les meilleures sitcoms sont toujours celles qui parlent de la vie de tous les jours, et celle-ci ne faillit pas à sa tâche. De la couleur des rideaux à l’obsession des parents pour caser leurs enfants, on retrouve forcément un peu de son histoire familiale. L’ensemble prête à sourire, et certaines scènes sont franchement hilarantes. Une bonne petite série à l’anglaise.

La série est reconduite pour une troisième saison.

2. The Mindy Project

Comédie américaine de Mindy Kaling

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Voilà une série qui ne m’a convaincue qu’à moitié lorsque j’ai regardé le pilot, mais que je suis bien contente d’avoir continuée. Mindy, c’est la nouvelle Bridget Jones : gynéco brillante à New York, fashionista délurée et incurable romantique, elle est pétrie de bonnes intentions mais cumule gaffe sur gaffe et parle vraiment mais alors VRAIMENT beaucoup trop. Mindy est de ces héroïnes qui collectionnent les situations rocambolesques comme d’autres les vernis (toute ressemblance avec une personne existante blablabla).

Heureusement que j’ai tendance à essayer presque tout, puisque ma première impression était loin d’être très enthousiaste. L’affiche m’évoquait les sitcoms niaises vues et revues où une femme oscille sans cesse entre deux hommes. Le pilot, j’avoue, m’avait plutôt démontré le contraire, mais n’était pas suffisamment amusant à mes yeux pour être certaine de vouloir continuer. Et bien sûr, c’est au final et de loin la meilleure sitcom parue l’année précédente.

J’ai continué un peu par curiosité, tout ça parce que je suis incapable de résister aux femmes brillantes, et Mindy Kaling cumule les rôles : scénariste, productrice, créatrice et rôle titre de la série à elle toute seule ! Et si le monde entier a l’air de s’accorder pour dire que Girls est LA série décomplexante, je trouve que The Mindy project remplit bien mieux ce rôle. L’héroïne est parfaitement imparfaite : elle est loin d’avoir la taille mannequin, et son style vestimentaire ne suit pas les canons de la mode ; brillante doctoresse ET incroyable amatrice de comédies à l’eau de rose, intelligente MAIS mortellement gaffeuse. Une vraie nana comme seule une femme dotée d’un bon sens de l’auto-dérision peut la créer. C’est frais, drôle, avec des personnages atypiques et des situations toutes plus ridicules les unes que les autres. Se moquer de la vie comme ça, c’est un don qu’on ne peut qu’apprécier. Chaque personnage a son comptant de défauts, ce qui les rend tous plus attachants les uns que les autres. Et pour ne rien gâcher c’est de plus en plus drôle, clairement la découverte de l’année !

Rien que le générique me donne la pêche.

La série est reconduite pour une deuxième saison qui a déjà commencé, par ailleurs.

1. Episodes

Série américo-britannique de David Crane et Jeffrey Klarik

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Un couple de scénaristes anglais emménage à Los Angeles pour adapter sa série à succès sur une chaîne américaine. Mais c’est le choc des cultures et surtout, l’obligation de travailler avec un Matt LeBlanc sur le retour.

Cette série allie à la perfection le meilleur de l’humour américain et de l’humour britannique, avec en prime le talent de David Crane (Daviiiiiiiiid !) pour la dérision, et l’auto-dérision, puisqu’il n’épargne pas Friends, loin de là ! (et pour moi qui pleure un peu plus chaque jour cette série, c’est un véritable régal !). C’est malheureusement trop court, comme toute bonne série british, et j’attends avec impatience la suite.

La série est reconduite pour une troisième saison qui devrait paraître début 2014 si je ne m’abuse (je sais cette phrase est d’un professionnalisme incroyable).

J’espère que la saison à venir sera plus faste en comédies. A venir, le classement des dramas. (Un article bien plus long pour le coup !)

Et vous, quelles ont été vos comédies préférées de l’année ?

Saison 2012-2013 : Les 5 hommes qui ont illuminé ma vie cette année

Avertissement : Du temps où j’écrivais consciencieusement sur La petite lucarne, je m’étais décidée à finir chaque saison par plusieurs classements tous plus pertinents les uns que les autres (au moins). Et comme j’aime toujours les séries je ne vois pas pourquoi je me priverais. J’ai sagement voulu attendre la fin des séries de l’été mais étant donné que certaines ne se termineront que vers Noël voire plus tard j’ai décidé de tenir compte dans mon classement des séries diffusées entre l’été 2012 et juin 2013. Vous êtres prévenus. 

Je vous concède que j’aurais pu commencer la rentrée par un article nettement plus profond, mais je ne vois pas l’intérêt de vous donner de faux espoirs. L’année sera sous le signe du gros n’importe quoi ou ne sera pas ! Oyé oyé donc le classement des 5 hommes les plus sexy du petit écran, cuvée 2012-2013.

Messieurs, cet article est susceptible de heurter votre estime de soi, ne vous sentez donc pas obligés d’aller jusqu’au bout (mais si vous y tenez vraiment, watch and learn).

Amis intellectuels : pardon.

5ème place : Don Keefer (The Newsroom)

Il est bien connu que souvent femme varie, bien fol qui s’y fie*,  donc c’est en toute logique que cet article commence par un homme que j’ai cordialement détesté pendant une demi-saison (si tu te demandes comment une telle chose a pu se produire, tu peux consulter ce vieil article pour plus de renseignements). Oui donc au début entre Don et moi ce n’était pas le grand amour, quand bien même j’aime les hommes aux cheveux bouclés (mais bon les cheveux bouclés n’empêchent pas d’être complètement con, contrairement à ce qu’on pourrait espérer). Et puis, épisode après épisode, j’ai bien dû reconnaître qu’il n’était peut-être pas si con, voire un peu sympa, éventuellement un chouïa attachant et pourquoi pas l’homme idéal. Bien sûr, Don est un idiot amoureux d’une fille, et qui choisit de sortir avec une autre qu’il aime moins (voilà pourquoi il n’est que 5ème). Parfois, on aimerait qu’il agisse avec un peu plus de discernement, mais voilà, je ne suis qu’une faible femme irrésistiblement attirée par le profil j’ai-l’air-d’un-gros-connard-mais-je-suis-un-petit-chou-à-l’intérieur (inutile de me demander les raisons de mon célibat) (cet article devrait plutôt bien répondre à cette question, entre autres informations fascinantes) et rien ne vaut un mec brillant qui laisse entrapercevoir ses sentiments.

C’est moche une intellectuelle livrée à ses hormones.

don

* Celui qui retrouve la référence de cette célèbre citation gagnera un vernis si c’est une fille, et un truc viril si c’est un mec (Mais maintenant que j’ai parlé de vernis je parie que Louise va se ruer sur Google) (enfin si ses élèves lui laissent une minute de répit).

4ème place : Jaime Lannister (Game of Thrones)

Histoire de rester un chouïa logique, continuons sur la lancée du « mais quel gros co… ah tiens en fait non ». Non je ne mentirai pas en prétendant avoir toujours aimé Jaime Lannister. Je sais que lui déclarer mon amour éternel saison 3 est à peu près aussi original que de devenir fan de Muse au troisième album (teeeeeellement commercial) mais voilà, c’est un fait. Je plaide coupable : spontanément je n’éprouve pas beaucoup d’affection pour les connards sans cœur, incestueux de surcroît. J’ai déjà mon lot de machos prétentieux dans la vraie vie, je n’allais pas en plus m’intéresser à un enfoiré fictif.

Sauf que. Vous en connaissez beaucoup vous dans la vraie des mecs qui sauteraient dans une arène pour protéger leur ancienne geôlière d’un ours ? Parce que je ne sais pas pour vous, mais de mon côté c’est clairement la chose la plus sexy que j’ai vu cette année à la télé.

(Non mais sérieusement, qui peut résister à cette scène ?)

Alors oui, Jaime m’a longtemps indifférée, mais l’entrée de Brienne dans sa vie l’a rendu nettement plus intéressant (oui il a tué le Roi Fou et en plus il couche avec sa sœur mais que voulez-vous, il m’en faut un peu plus), en plus de me donner une raison de regarder la saison 3 (on peut être intellectuelle, moqueuse et follement romantique). Et non seulement l’évolution de leur relation a été à la hauteur de mes espérances, mais en plus elle a montré un Jaime sensible et parfois faible et franchement, comme je l’ai déjà sous-entendu avec n°5, rien ne vaut un homme qui après deux saisons à jouer les dieux vivants montre ses faiblesses et ses angoisses. (J’ai vaguement l’impression de renier plusieurs décennies de féminisme avec cet article mais c’est un détail).

Jaime-Lannister

3ème place : Daryl Dixon (Walking dead)

Dans la catégorie gros fantasme féminin, Daryl est un pur cliché : mauvais garçon dur et impassible à l’extérieur qui planque un cœur tout tendre et une enfance malheureuse. Pour ceux qui n’arrivent pas à visualiser, imaginez un fondant au chocolat parfaitement cuit : croquant à l’extérieur et délicieusement fondant à l’intérieur, et vous aurez la version culinaire de Daryl. (Et je ne sais pas vous, mais moi maintenant j’ai faim.)

Pour améliorer le tout, le caractère et l’histoire de Daryl sont dévoilés avec parcimonie au fil des saisons : jamais on ne le cerne complètement, mais tout ce qu’on découvre le rend encore un peu plus attachant : son implication dans les recherches de Sofia au départ, car qui peut résister à un homme qui prend soin d’un enfant franchement ? (Officiellement moi, donc chut, je ne vous ai rien dit.), puis viens sa loyauté, et quand bien même il est bourru et a des allures badass avec sa moto et son arbalète, il est au final l’un des personnages les plus honnêtes et sincères de la série. Et puis même s’il les planque bien, monsieur a des sentiments et quand il les dévoile enfin, on a droit à des scènes à couper le souffle, tout en subtilité.

Mais sinon on est d’accord que si ce genre d’homme est parfait sur petit écran, bonjour la prise de tête en vrai. De toutes façons soyons honnêtes, nos chances de rencontrer un fondant choco-caramel qui combat les zombies à l’arbalète au supermarché du coin sont plutôt minces. Sans compter que le temps qu’il révèle son petit cœur tout choupinet j’aurais bien eu le temps de mourir au moins dix fois (et il paraît qu’une seule suffit.)

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2ème place : Stiles Stilinski (Teen Wolf)

En parlant de rencontres improbables, Stiles Stilinski remporte de loin la palme. Il réussit l’exploit d’être le seul type normal (bon hyperactif et surdoué, mais dans une série comme Teen Wolf c’est de loin ce qui se rapproche le plus d’une quelconque normalité) dans une ville où tout le monde ou presque a des crocs, un problème avec la pleine lune, un pouvoir, un rôle ou un grain de beauté magique quelconque. Enfin non, j’exagère, il y a bien quelque chose d’absolument magique avec Stiles, c’est qu’il est de loin le plus courageux du lot (messieurs à crocs et supers pouvoirs INCLUS), le plus loyal et surtout le seul foutu de faire les liens et de comprendre ce qui se passe. Mais ce qu’il y a de vraiment extraordinaire dans cette histoire, c’est que c’est absolument PAS récompensé, tout le monde clamant haut et fort que « Scott va tous nous sauver » (bon pour sa défense je reconnais que Scott s’est effectivement acheté un cerveau entre la saison 2 et la saison 3 mais c’est pas une raison).

Toujours est-il que dans un monde où le reste de la population mondiale de Beacon Hills devient toujours plus belle, plus forte et incroyablement douée pour se foutre dans les emmerdes (non mais vraiment les supers pouvoirs c’est pas pour les gens sans QI. Franchement.), Stiles trouve le moyen de résoudre des énigmes qu’au bout de trois visionnages de la saison je ne suis pas toujours sûre d’avoir bien comprises et de sauver un loup-garou des griffes d’un lézard géant (on ne fait pas les choses à moitié dans Teen Wolf), le tout sans jamais se départir de son irrésistible sens de la répartie :

Vous l’aurez compris, Stiles est de ces garçons qui ne font pas juste rêver sur l’écran, et qu’on apprécierait bien dans la vraie vie (juste sans ses petits potes loups-garous).

Stiles-Teen-Wolf

1ère place : Liam McGuinnis (Nashville)

Le grand gagnant n’est pas un rôle principal, loin de là : Liam n’est qu’un second rôle mal aimé du fandom de Nashville qui croit (à tort) que Deacon est trocool et trosexy. Mais quand on a tant de charisme et de présence, il faut s’attendre à gagner sa place dans le classement d’une petite blogueuse française, quand bien même on n’a guère qu’une heure totale de présence à l’écran sur une saison entière. Dans cette série, Liam a le rôle utile mais peu flatteur du personnage qui drague l’héroïne et déclenche ainsi la jalousie du grand amour de la donzelle. Résultat, les deux finissent par se déclarer un amour éternel (du moins jusqu’au prochain retournement de situation) (c’est un soap, je vous rappelle) pendant que le pauvre Liam finit avec le cœur brisé, mais ça tout le monde s’en fout. Et franchement, pour moi, c’est un mystère insoluble : Liam est doué, impertinent et son alchimie avec Rayna (la donzelle que tout le monde s’arrache) est de ces choses innées contre lesquelles on ne peut lutter. Non seulement on a l’impression constante qu’ils devraient se trouver une chambre là tout de suite maintenant, mais en plus Liam permet à Rayna de repousser ses limites et de se remettre en question et dans mon souvenir, c’est exactement ce qu’on est censé attendre d’une relation. Et comme l’équation scénaristes x fandom fait qu’on a peu de chances de le revoir saison 2, ça méritait bien une première place.

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 Avec la vidéo où si tu la vois pas l’alchimie et bien je ne comprends rien :

(Promis le prochain classement sera plus pertinent.)

Dear diary,

Cher journal,

Cet été, j’ai été une horrible blogueuse. C’est pas moi, je le jure (enfin pas trop). Mais j’avais rien à faire comme sorties donc forcément c’était compliqué de raconter quelque chose derrière. Et puis j’ai pris le prétexte de la rentrée pour ne plus écrire (en gros j’ai arrêté de bosser quand tout le monde s’y est remis) (la logique, ma meilleure amie). Mais bon j’en ai profité pour faire des tas de trucs fascinants (manger mon poids en nougat, ranger mes vernis par couleurs et regarder l’intégrale de Cauchemar en cuisine) (Bon j’ai aussi repris mon roman et rédigé quelques bilans).

Non mais en vrai je me suis lancée dans des tas de nouveaux trucs, un remaniement très bridgetjonesien sur fond de « ma vie ne va pas du touuuuuuuuut il me faut de nouvelles chaussuuuuuures ! » mais sans Daniel Cleaver (et sans Mark Darcy non plus malheureusement). Et puis soudain, super impressionné par ce changement draconien et mon goût en matière de chaussures, Dieu s’est (enfin) décidé à répondre à mes prières, et m’a donné des occasions de sortir dans Lyon. Ce qui tombe super bien, il faut le reconnaître, puisque je suis censée tenir un blog sur la vie lyonnaise.

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Vous l’aurez compris, 69ème Avenue fait sa rentrée, avec au programme des séries, la fin de Belle du Seigneur et plus de sorties lyonnaises. (Et tous les articles que j’aurais dû rédiger il y a environ deux décennies.) Si ça ne suffit pas à t’exciter ami lecteur, je ne vois vraiment pas ce qu’il te faut.

Le clitoris de l’enfer

Note : Cet article est à la culture ce que Nabilla est à la classe. Originalement posté sur Philoménal Phénomène (donc a priori inconnu de mon lectorat actuel), il parle avant tout d’un terrible traumatisme datant de l’époque où les maisons d’éditions m’envoyaient n’importe quoi, et où je pensais qu’un livre avec marqué « Sherlock Holmes » sur la couverture ne pouvait qu’être bon. Jusqu’à ce que je découvre la secte des finlandais anonymes qui ont pondu les histoires les plus absurdes (au mieux) jamais écrites sur le sujet (fanfictions où John Watson tombe enceint comprises). C’est ce jour-là où j’ai décidé que parfois on pouvait donner son avis sur un livre sans l’avoir lu jusqu’au bout. Principalement si sa lecture complète induit l’internement à perpétuité de la chroniqueuse pour craquage nerveux.

Ceci est le récit d’un combat à mort entre une nouvelle nommée le Clitoris de feu, mettant en scène le pauvre Sherlock Holmes qui n’en avait pas demandé tant, et l’intégrité journalistique de votre humble servante (qui, au mépris de tout danger, est allée au bout de cette nouvelle, et a eu bien le temps de le regretter depuis).
La chroniqueuse n’étant pas en état de nous témoigner de sa douloureuse expérience (on me glisse dans l’oreillette qu’elle serait actuellement prostrée dans son lit, sanglotant sur les bienfaits de l’autodafé), nous nous baserons sur les retranscriptions de ses archives msn (je vous l’avais bien dit que cet article datait) pour essayer de comprendre comment est sombrée celle qui a su se sacrifier pour la littérature.
Âmes sensibles s’abstenir.
« Avant d’aller plus loin * […] je dois prévenir […] que je me refuse […] à implorer [le pardon des lecteurs] pour les descriptions sans ambiguïtés qui doivent accompagner un tel récit. »
Et merde.
« [je vis] Holmes […] s’employer avec vigueur à faire atteindre à cette jeune femme le summum de l’excitation. »
Aaaargh Glrbrlr*
« Oui encore […] Que je meure ! ohhhhh. Je vais mourir. »
Mais oui bordel, tuez-la, qu’on en finisse.
« Je craignis le pire pour les pieds de la table car à ce moment son postérieur [rebondissait] avec fracas sur le plateau de celle-ci. »
Je pense que la censure a très exactement été inventée pour ce genre de cas, en fait.
« Il nota les résultats dans son carnet, d’une main encore luisante de la généreuse lubrification procurée par la dame. »
Au secours. Mes yeux, je… argh.
 
« Une petite flaque de la rosée d’amour »
*Rire nerveux*
Poète de mes-deux.
« Votre ami Holmes possède une redoutable technique pour amener une femme à faire ce qu’il veut, une fois qu’il a glissé un doigt ou deux dans sa craquette. »

Et dire que Conan Doyle n’en fit jamais mention au cours de ses quatre romans, quelques pièces de théâtres et nombreuses nouvelles ! Oh là là, c’est vraiment à n’y rien comprendre !
 
« C’est la vie même d’une de mes clientes qui dépend des connaissances que je m’emploie à acquérir. »
Qui eût cru que Sherlock Holmes faisait partie de la race des dragueurs baratineurs ?
« J’eus un choc en constatant qu’après cet épisode mon propre membre présentait une turgescence extrême. »
Bouhouhouhouh.
 
« Je gagnai les toilettes pour soulager une érection presque douloureuse. »
Ah ouais donc quand t’as dit que tu décrirais tout, c’était vraiment TOUT.
Oh mon dieu.
Oh mon dieu.
Il va faire jouir sa cliente dans une salle d’audience.
Devant Lestrade le juge et tout.
Sherlock Holmes ??? Sérieusement ??? Imposteur !
« Jusqu’à ce que mes mamelons proéminents se durcissent. »
Hé meuf, tu es à une audience du juge, on t’a pas demandé d’écrire un porno.
Putain, et en plus cette histoire n’est même pas crédible.
« Je savais qu’il la ramonait de bon cœur à présent. »
fgjkweklvldhvbljbveknvlevnleb **
« Il a inséré fermement un doigt dans mon minou déjà ruisselant. »
Sinon je rappelle juste que nous sommes toujours dans la salle d’audience. Mais ça va hein, tout est absolument normal.
« Ma propre main ne chômait pas. »
 Vous me décevez beaucoup monsieur John Watson !
Tiens, une lesbienne.
En même temps, que serait un récit érotique sans lesbienne, on se le demande.
« La semence brulante jaillie de mon membre turgescent s’écoulait le long de ma jambe, et le choc que produisit en moi cette jouissance me ramena brutalement au drame qui se déroulait dans la salle d’audience. »
Tant professionnalisme ça m’émeut.
Arrête avec le terme rosée d’amour.
Vraiment, arrête.
« Il me semble que vous me devez une autre démonstration de votre remarquable tour de main. »
Crac ***
Sherlock Holmes est gay non de dieu, GAY,  alors arrêtez de le faire tripoter des bonnes femmes ou je ne réponds plus de rien !
 
(et justement, le problème est là. Alors que notre chroniqueuse tentait bravement de retrouver foi en l’humanité, elle s’abandonna en toute confiance à la lecture ennuyeuse de la nouvelle suivante. 
Où elle appris que John Watson était impuissant depuis trois ans et fournissait la drogue du violeur à Sherlock Holmes pour qu’il puisse se taper ses groupies.
Autodafé, donc.)
 
* Bruit délicat du repas de midi tentant de fuir face à toute cette débauche
** Conséquence directe de l’abattement violent de la tête de la chroniqueuse sur le clavier de son ordinateur
*** Bruit des nerfs de la chroniqueuse se brisant en mille morceaux hélas non récupérables par la médecine moderne.

Tous les parallèles que vous n’auriez peut-être jamais fait entre Bridget Jones et Orgueils et préjugés

Note : Qui dit vacances dit recyclage (et léger remastérisage parce que quand même). Cet article est un vieux de la vieille puisqu’il a été publié pour la première fois sur La boite de Pandore, mon blog du temps où j’écrivais un peu n’importe quoi et surtout n’importe quand. Mais tout n’est pas à jeter dans ce premier jet, et cet article fait partie de ceux qui m’ont toujours tenus à cœur. A tel point qu’il a également trouvé sa place sur So What. Autant dire que ceux qui me suivent depuis longtemps ne connaissent que trop bien cet article…

Non mais je vous vois venir. Vous vous demandez si je n’aurais pas par inadvertance le tapis de ma salle de bain (les grandes villes mènent droit à la drogue comme chacun sait) pour voir un rapport entre deux œuvres aux antipodes. Si quelques siècles séparent ces deux romans, que l’un est un délicieux classique romanesque et l’autre une comédie délirante sur les affres du célibat, ils n’en restent pas moins unis par leur réputation de « remonte-moral ». Si les puristes de la littérature préfèrent allègrement se tourner vers Austen alors que les amateurs de chick-lit se pencheront plus volontiers sur l’œuvre de Fielding, ces deux livres sont-ils vraiment si différents ?
(J’espère, cher lecteur, que tu apprécies mes tentatives désespérées d’inoculer un peu de suspens dans ta vie.)

 

Commençons par le classique du genre : Jane Austen nous conte l’histoire d’une famille modeste de cinq filles dans l’Angleterre victorienne. La mère, Mrs Bennet, ne pense guère qu’à marier ses filles, et l’occasion semble trop belle lorsque un gentleman s’installe dans le voisinage. Si ce fameux jeune homme semble enchanté à l’idée de se rapprocher de l’aînée de la famille Bennet, la très douce Jane, son entourage ne voit guère cette union d’un aussi bon œil.

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Pourquoi on aime ?

Pour Mr Darcy, irrésistible prince charmant de l’époque victorienne.
Pour le mordant de l’héroïne, son regard acerbe sur le monde et son sens de la répartie.
Pour l’histoire d’amour, sincère et profonde, rencontre improbable de deux milieux différents et de deux caractères très forts.
Parce que ce livre nous fait croire à l’amour même quand on a l’impression que notre vie tourne en rond.
Parce que sa lecture nous laisse rêveuse et optimiste.
Pour Jane Austen, tout simplement, et ses histoires d’amour réalistes qui finissent BIEN (ce qui, je le sens, ne va pas être le cas de Belle du Seigneur).

Quelques siècles plus tard, voici Bridget Jones, trentenaire britannique qui fume trop, boit trop, et on ne vous parle même pas de tout ce qu’elle mange ! Son rêve c’est pêle-mêle de rencontrer le Prince Charmant, d’avoir le physique de Kate Moss et faire une carrière du feu de dieu, de préférence sans fournir trop de travail. Mais bien sûr à la place elle écope de l’inénarrable syndrome du tout-à-la-fois, entre enfoirés affectifs, boulot ennuyeux, fauchage récurrent et mère en pleine crise d’adolescence.

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Pourquoi on aime ?

Parce qu’entre les mille vices et défauts de Bridget Jones, on se retrouve forcément un peu.
Pour Darcy, parce qu’il est bien difficile de résister à un homme aussi adorable (et qu’on est très faibles, il faut bien l’avouer).
Parce qu’à force de rire des misères de Bridget, on relativise sur nos propres ennuis.
Pour le format journal intime, toujours très agréable à lire.
Pour Helen Fielding, moqueuse comme l’était Jane Austen.
Parce qu’au final, l’auteur ne prend au sérieux ni elle ni son personnage, et ça fait du bien.
Parce que ce livre, c’est comme une bonne copine avec qui on prendrait un café et qui se confierait à nous.

Et alors, me demanderez-vous, quel peut bien être le rapport entre ces deux romans ?
Hommage à l’oeuvre de Jane Austen, Helen Fielding fait revivre Elizabeth Bennet au XXème siècle sous les traits de la névrosée Bridget Jones. Et si vous ne me croyez pas, les éléments suivants arriveront peut-être à vous convaincre :

Les vrais points communs :

* Première remarque, la plus évidente de toutes, les deux héros se nomment Darcy. Parallèle dont joue énormément Helen Fielding qui pousse son héroïne à comparer les mérites respectifs des Darcy (pour découvrir finalement que Mark Darcy a l’avantage non négligeable d’exister, lui) (enfin pour elle, parce que pour nous, bof).

* Bridget, tout comme Elizabeth Bennet dans Orgueil et Préjugés, a rapidement une très mauvaise opinion de Darcy et se décide plus ou moins à le mépriser à vie. L’une comme l’autre finissent cependant par changer d’avis parce que, disons le bien, Darcy, et ce sous toutes ses formes, est irrésistible.

* Mrs Jones, tout comme Mrs Bennet, est peu sortable, et leurs filles ont finalement une plus grande complicité avec leurs pères.

* Au début Bridget est folle de Daniel Cleaver et Elizabeth craque pour le très charismatique Wickham, qui ont tous deux des comptes à régler avec Darcy. En tous cas leurs retrouvailles sont souvent des plus froides.

* C’est Darcy qui règle les problèmes familiaux, tant pour la fugue de Mrs Jones avec Julio (et quelques millions), que pour celle de Lydia Bennet avec le fameux (et un peu trop séduisant) Wickham.

* Tout le monde veut épouser un Darcy, quelle que soit l’époque (et nous aussi, il faut bien l’avouer). Natasha (formidable avocate formidablement snob) et Caroline Bingley (jeune fille de bonne famille accomplie) ont bien l’intention de mettre le grappin sur l’Homme Parfait et se montrent quelque peu hostiles à l’égard de notre chère héroïne. Elles ne ratent pas non plus une occasion de l’humilier et nous pouvons mettre en parallèle les deux scènes suivantes : Elizabeth arrivant chez Mr Bingley pour venir chercher sa sœur, au terme d’une expédition dans la boue anglaise, et Bridget arrivant habillée en Bunny à ce qui aurait due être une soirée “Catin et Pasteurs”.

Les fausses divergences :

* Deux personnages de Orgueil et préjugés ont finalement été regroupés en un seul par Helen Fielding. Mrs Bennet et sa plus jeune fille Lydia deviennent Mrs Jones. La fugue de Mrs Jones peut donc être apparentée à celle de Lydia Bennet.

* Cette similitude m’apparaît comme une évidence, même si elle ne tient finalement qu’au fait que les personnages de Cleaver et Wickham sont apparentés. Alors que Daniel Cleaver couche avec la femme de Darcy dans Bridget Jones, Wickham s’échappe avec sa petite sœur. Faits à l’origine de leur haine réciproque.

Et enfin, fait amusant, les Darcy de Jane Austen et d’Helen Fielding sont tous les deux interprétés par Colin Firth, le grand fantasme de Bridget Jones.

A tous ceux qui seraient actuellement en extase devant mes fantastiques talents de détective (les propositions d’embauche de Scotland Yard ne devraient pas tarder à fuser), je tiens à préciser que depuis que m’est apparue cette similitude j’ai pu lire qu’Helen Fielding avait reconnu s’être inspirée d’Orgueil et Préjugés pour écrire le premier volet du Journal de Bridget Jones. Le second est quant à lui construit à partir de Persuasion (et cette fois les rapprochements sont encore plus importants, certaines scènes étant reprises presque à l’identique.

La semaine prochaine, vous découvrirez comment Orlando Bloom s’est inspiré de Barbie pour son interprétation de Legolas.
(Je sors.)

Mais qu’ont donc les hommes avec la musique ??

Non mais sérieusement. C’est une vraie question.

Il semble impossible, ces derniers temps, d’avoir la moindre interaction avec un homme sans que la musique ne prenne soudain le premier rôle. Un premier rencard, et voilà qu’il se transforme en concert improvisé sur les bords du Rhône (sympa pour apprendre à se connaître) ; je vais prendre un verre avec un pote, et pouf ! me voici immergée au pays du blind test, tentant désespérément de replacer tous les groupes que je faisais semblant d’écouter au lycée pour impressionner les pseudo-rockeurs que je fréquentais à l’époque (et ce bar a un vrai problème avec les Red Hot Chili Peppers si je puis me permettre) ; conversation avec le coloc d’un autre pote qui finit en initiation jazz-bluesesque ; aprèm lèche-vitrine et voilà que le commerçant se met à chanter Supertramp à tue-tête et me demande si je les connais (oui je connais, mais non je n’avais pas reconnu) avant de me montrer une vidéo sur youtube comme si elle allait changer ma vie (elle n’a pas changé ma vie).

Le titre que, si tu ne le reconnais pas, tu peux aller te pendre direct parce que de toutes façons,
personne ne voudra jamais de toi.

Franchement.

On n’est plus tranquille nulle part.

Qu’est donc arrivé au bon vieux temps où il suffisait de parler du Seigneur des anneaux pour emballer ? Avant, tout ce qu’on avait à faire, c’était savoir différencier un hobbit d’un nain, avec mention spéciale si vous pouviez dire qui était Merry et qui était Pippin. Et si vous aviez une opinion sur l’adaptation de Peter Jackson (« non mais ça ça se passe pas du tout dans le troisième livre, il l’a mis beaucoup trop tard ça ne va pas du tout ! ») là vous aviez carrément la bague au doigt avant la fin de la soirée.

Maintenant, les mecs ont l’air d’attendre que vous sachiez nommer tous les titres de rock, jazz et blues jamais composés sur la planète, du plus connu au plus obscur. Personnellement, je ne suis même pas sûre de comprendre la différence entre le métal et le hard rock (honnêtement on ne peut pas non plus dire que je me soit tellement penché sur la question non plus). Ce qui semble être bien plus grave que d’égorger des bébés dans une arrière-cour (au minimum). A croire que si tu n’es pas fichue de discourir sur la musique, tu es immédiatement cataloguée pauvrette inintéressante à fréquenter. Il y a d’autres domaines de compétences hein vous savez ? D’ailleurs je me demande bien pourquoi alors qu’il y a tant d’aspects culturels que je maîtrise (la littérature, le ciné et les séries télé en tête de liste) il faut que les hommes soient tous pris de passion par LE domaine dont je n’ai jamais su parler sans me ridiculiser ! Alors oui, il m’est arrivé de me sortir de conversations épineuses en plaçant que Muse c’était mieux avant (de toutes façons ne cherchez pas, avec les vrais fans, c’était toujours mieux avant) parce que moins électro, et d’impressionner le commerçant d’à côté en suggérant que Bruce Springsteen ne doit pas être réduit à Philadelphia (j’ai écouté du Bruce Springsteen pendant environ une heure et demi il y a deux semaines) (c’est dire la pertinence de mes commentaires) (merci Florentine au passage, à qui je dois cette non-humiliation).

Le truc tellement pas connu que si tu le reconnais les hommes ne penseront qu’à te faire
sauvagement l’amour en plein milieu du bar.
(Personnellement je ne suis pas fan mais c’est un autre problème.)

Mais en vrai, j’ai toujours détesté parler musique. Je n’ai jamais su dire quel était mon genre préféré, ni différencier les différents courants en classique, jazz, ne parlons même pas de savoir qui a cassé sa pipe et qui est encore de ce monde (à part Mozart. Lui je crois bien qu’il est mort). La musique pour moi ça ne se débriefe pas, ça se vit et ça se ressent. La musique c’est juste une émotion, et pas une foutue thèse sur la pertinence de l’emploi de la basse dans ce morceau. Mais apparemment, aimer la musique ne suffit pas. Ça ne change rien que je ne puisse rien faire sans musique et que j’adore aller à des concerts. Non non non, à ces messieurs il faut la Connaissance, le Savoir ! Sans quoi on se prend des remarques absolument charmantes du style « Ah mais t’es vraiment pas une mélomane toi ». Un peu comme si je refusais de sortir avec un mec sous prétexte qu’il n’est pas capable de faire la différence entre une série de HBO et une série de MTV, ou qu’il ignore que Sherlock Holmes est un personnage de roman avant d’être Robert Downey Jr.

Alors c’est vrai, je pourrais m’abonner aux Inrocks et emménager dans la rubrique musique de WTFRU mais bon, on en reparlera quand vous aurez lu Aurélien et Belle du Seigneur.

J’ai lu la moitié de Belle du Seigneur

Bon en vrai je suis à 8 pages de la moitié de Belle du Seigneur, mais comme c’est la fin d’une partie, que j’ai déjà lu (de bonne volonté) 546 pages, et que j’aime suffisamment pour savoir que je ne vais pas abandonner, je me suis dit que ça ne comptait pas.

Après tout, c’est comme si je m’étais déjà enfilé deux poches ou trois (si ce n’est quatre) Amélie Nothomb. D’ailleurs, je ne vous cache pas que c’est parfois terrifiant de se dire que je n’en suis qu’à la moitié et qu’il me reste tout autant à lire, encore. Histoire de ne pas me laisser terrasser par l’ampleur de la tâche et l’impression que, peut-être, je n’en viendrai jamais à bout, je trompe à l’occasion Albert Cohen avec deux trois copains d’étagères. Nettement moins bon, il faut l’avouer. Parce que même si je crains toujours de me fatiguer de l’intrigue, de l’univers et de l’écriture, c’est toujours avec plaisir que je reviens à Belle du Seigneur, et chaque fois je replonge dans cette espèce d’inexplicable addiction.

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La plume d’Albert Cohen est toujours aussi perturbante, poétique parfois,  jusqu’à sombrer à l’occasion dans un obscur lyrisme, cynique et cruelle, drôle et efficace. Il me semble qu’il aurait dû être avocat, ne serait-ce que pour la verve déployée dans le fantastique réquisitoire de Solal contre les femmes et l’amour animal qui finira par séduire Ariane, mais pour ce que je considère comme de mauvaises raisons.

Solal, à propos duquel on m’avait averti que je risquais d’en tomber amoureuse ; Solal que l’on n’approche que de loin, et toujours par le regard d’un tiers, pendant plus de 350 pages (mais vu la taille du bouquin, c’est sûr qu’il faut savoir se faire désirer), et qui soudain se déploie et se donne au lecteur, cynique, tendre, un peu fou, blasé, désespéré même, et surtout à la recherche de cet absolu en amour : être aimé pour soi. Difficile à vrai dire de résister à cette débauche de sentiments, et on se prend à espérer qu’Ariane, contrairement à toutes les autres, saura l’aimer tendrement sans attendre de lui qu’il soit autre.

Raté.

Plus Solal séduit, plus Ariane déçoit. Quand un homme parle avec tant de franchise, et aime avec une telle dévotion, la moindre des choses c’est de comprendre, et de répondre en conséquence. On est toutes plutôt bien placées pour le savoir, un homme comme ça ne se croise pas tous les jours, déjà en littérature (à part chez Jane Austen et ses comparses), encore moins dans la vraie vie.

Malheureusement, Ariane, qui pourtant présente un caractère plutôt prometteur, semble tomber dans les mêmes schémas que ses pairs, au final plus réceptive à la forme qu’au fond, sensible à l’Homme, mais indifférente à Solal. Oui c’est énervant. Bien sûr qu’une histoire d’amour sur 1110 pages ne peut pas bien finir, ça coule presque de source. Mais ça n’était pas une raison pour ne pas espérer.

Bizarrement, si j’ai été fascinée par ce magnifique monologue de près de 53 (53 !) pages (ce qui peut (légèrement) intimider sur le coup) (c’est d’ailleurs bizarrement à ce moment-là que je me suis mise à lire d’autres livres), ce qui fait vraiment toute la saveur de Belle du Seigneur à mes yeux, c’est cette toile de fond qu’Albert Cohen s’attache à tisser. Mettre 380 pages pour que les deux protagonistes principaux se rencontrent vraiment, ne montrer leur point de vue qu’une page de-ci de-là en laissant aux personnages secondaires une telle place, c’était audacieux. Et pourtant, difficile de ne pas savourer cette critique sociale. Quand on sait que l’auteur a lui-même travaillé aux Nations unies, on ne peut que se demander où s’arrête la vérité et où commencent la liberté créative. Comme le dit si bien Sir Cordon Sonnet (ou plutôt Alphonse Allais) « If it’s not true it’s well found » (« Si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé »).

Ainsi donc, je peux dire désormais avec un indicible soulagement que je ne ferai pas parti de ceux qui n’auront pas aimé Belle du Seigneur et seront condamnés à vivre avec cette tare dans le silence et la honte.

Plus que 563 pages (ce nombre me bien ridicule d’un coup).

Plus belle la vie sous ta fenêtre

« Mais pour qui te prends-tu ? Tu crois que c’est facile de t’affronter ? Tu oses aller donner des conseils à notre fille sur sa sexualité ?? Mais avant de donner des conseils on travaille sur soi-même mon pauvre ami ! »

« J’en ai marre, vraiment marre de tout, tu comprends ? »

« Tu vois il a lu la lettre et il me dit qu’il me donne un mois pour changer et que si je change alors  il ENVISAGERA de PEUT-ETRE se remettre avec moi. Et là j’étais dans le métro et j’ai eu une inspiration. Attends je vais te lire le sms que je lui ai envoyée :  » J’ai bien compris que tu veux que je change, mais je ne dois pas être la seule à changer. Tu me donnes un mois pour changer mais sache que je suis prête à changer pour quelque chose qui en vaut la peine. Aussi si je change et que je réalise que toi tu n’as pas changé au bout de ce mois, je serai très en colère. Car c’est vrai, je ne suis pas parfaite, mais tu ne l’es pas non plus et toi aussi tu dois apprendre à changer. C’est donc au bout de ce mois de changement que je verrais si toi aussi tu as changé. N’attends pas de moi d’être la seule à changer car tu me donnes toujours les mêmes réponses. Passe une bonne soirée. Bisous ! » * T’en penses quoi ? »

Hahaha ! Dans ta face Hadopi ! Tu pensais m’avoir réduit à un monde d’errance et d’ennui ? Dénué de drama et de retournements de situations abracadabrantesques ? Tu pensais que j’allais devoir me trouver une vie sociale, peut-être ? Mais mon grand c’était fortement me sous-estimer ; si tu ne viens pas au drama, le drama viendra à toi !

Plus tordu que Dallas, plus romanesque que Twilight 1, 2 et 3 réunis, plus lyrique que les dialogues de Merlin, avec des rebondissements dignes de Once upon a time, venez découvrir en exclusivité cette série qui devrait nous tenir en haleine tout l’été ! Elle s’appelle Nos chers voisins et ne passe pas sur TF1 mais dans la cour de mon immeuble où tu te demandes pourquoi les gens continuent à s’engueuler et à passer leurs coups de fil à la fenêtre. Parce que je sais bien qu’on capte mal dans ces vieux immeubles (ah, ce retour au vintage !), mais je ne suis pas entièrement convaincue de la nécessité de s’épancher sur son mal-être à la fenêtre, la clope au bec, quand tu sais que ça résonne autant dans cette foutue cour.

Enfin bon moi je dis ça, je dis rien. Surtout que je serais mal placée pour critiquer, compte tenu du fait qu’il se peut que j’ai coupé le son de mon ordinateur dans la honte et la culpabilité (mais bon, je l’ai quand même coupé), parce que je me demandais bien ce que ma voisine du dessous avait pu faire de si terrible pour que son copain ne veuille plus la voir. J’avais limite envie de passer la tête par la fenêtre pour lui tendre un kleenex, parce que les sanglots hystériques ça va bien un moment, mais y en a qui essaie de lire ici. Seulement j’ai eu peur de passer pour la fille qui écoute aux portes. (Après j’ai entendu le contenu de son sms et j’ai juste arrêté de compatir.)

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Je n’ai pas encore investi dans les jumelles parce que, contrairement à James Stewart, j’ai supposé que si je voyais si bien en face, c’est que mes voisins pouvaient me voir aussi.

Parce que finalement j’imagine que c’est ça le deal, non ? Parce qu’on aime la ville et qu’on a préféré la cour aux bruits parasites de la rue (klaxons et « zyva connasse ! » en tous genres), on accepte de livrer nos petits secrets à nos voisins et de partager les leurs (un peu comme dans une secte, en fait) en faisant comme si nous n’entendions rien (pas comme dans une secte, donc). Puisque j’imagine qu’on ne peut pas juste choisir de se faire larguer en janvier et d’avoir envie de se suicider en novembre (bien que l’atmosphère automnale soit nettement plus favorable à ce genre de pensées). A moins que ce ne soit une tragique conséquence de l’ère de la télé réalité et que tous ces braves citadins se disent que si une cruche peut devenir célèbre en disant « non mais allô quoi ! », il n’y a pas de raison qu’il n’ait pas eux aussi leur heure de gloire. Aussi sont-ils contraints à faire montre de leur coffre et de leur spiritualité textotesque en espérant qu’un producteur ne passe par là.

Conclusion :  Si vous avez des récriminations, des compte à régler ou l’intention de rompre avec votre moitié, attendez l’automne. Comme ça, non seulement  vous aurez quelqu’un avec qui partir l’été, mais en plus tout votre voisinage ne connaîtra pas le contenu de vos sms (ou alors apprenez à écrire des sms). Au moins, si un jour ma fille me demande pourquoi on ne vit pas en ville je saurais quoi lui répondre : « C’est pour que les voisins ne sachent que ton père t’a donné des conseils sur ta vie sexuelle, chérie. »

* Malgré toute sa bonne volonté, votre chroniqueuse n’a pu être en mesure de retranscrire ce message dans toute sa nébulosité, n’en ayant personnellement pas compris la moitié. Elle se souvient juste qu’on y parlait beaucoup de changement.