J’ai lu la moitié de Belle du Seigneur

Bon en vrai je suis à 8 pages de la moitié de Belle du Seigneur, mais comme c’est la fin d’une partie, que j’ai déjà lu (de bonne volonté) 546 pages, et que j’aime suffisamment pour savoir que je ne vais pas abandonner, je me suis dit que ça ne comptait pas.

Après tout, c’est comme si je m’étais déjà enfilé deux poches ou trois (si ce n’est quatre) Amélie Nothomb. D’ailleurs, je ne vous cache pas que c’est parfois terrifiant de se dire que je n’en suis qu’à la moitié et qu’il me reste tout autant à lire, encore. Histoire de ne pas me laisser terrasser par l’ampleur de la tâche et l’impression que, peut-être, je n’en viendrai jamais à bout, je trompe à l’occasion Albert Cohen avec deux trois copains d’étagères. Nettement moins bon, il faut l’avouer. Parce que même si je crains toujours de me fatiguer de l’intrigue, de l’univers et de l’écriture, c’est toujours avec plaisir que je reviens à Belle du Seigneur, et chaque fois je replonge dans cette espèce d’inexplicable addiction.

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La plume d’Albert Cohen est toujours aussi perturbante, poétique parfois,  jusqu’à sombrer à l’occasion dans un obscur lyrisme, cynique et cruelle, drôle et efficace. Il me semble qu’il aurait dû être avocat, ne serait-ce que pour la verve déployée dans le fantastique réquisitoire de Solal contre les femmes et l’amour animal qui finira par séduire Ariane, mais pour ce que je considère comme de mauvaises raisons.

Solal, à propos duquel on m’avait averti que je risquais d’en tomber amoureuse ; Solal que l’on n’approche que de loin, et toujours par le regard d’un tiers, pendant plus de 350 pages (mais vu la taille du bouquin, c’est sûr qu’il faut savoir se faire désirer), et qui soudain se déploie et se donne au lecteur, cynique, tendre, un peu fou, blasé, désespéré même, et surtout à la recherche de cet absolu en amour : être aimé pour soi. Difficile à vrai dire de résister à cette débauche de sentiments, et on se prend à espérer qu’Ariane, contrairement à toutes les autres, saura l’aimer tendrement sans attendre de lui qu’il soit autre.

Raté.

Plus Solal séduit, plus Ariane déçoit. Quand un homme parle avec tant de franchise, et aime avec une telle dévotion, la moindre des choses c’est de comprendre, et de répondre en conséquence. On est toutes plutôt bien placées pour le savoir, un homme comme ça ne se croise pas tous les jours, déjà en littérature (à part chez Jane Austen et ses comparses), encore moins dans la vraie vie.

Malheureusement, Ariane, qui pourtant présente un caractère plutôt prometteur, semble tomber dans les mêmes schémas que ses pairs, au final plus réceptive à la forme qu’au fond, sensible à l’Homme, mais indifférente à Solal. Oui c’est énervant. Bien sûr qu’une histoire d’amour sur 1110 pages ne peut pas bien finir, ça coule presque de source. Mais ça n’était pas une raison pour ne pas espérer.

Bizarrement, si j’ai été fascinée par ce magnifique monologue de près de 53 (53 !) pages (ce qui peut (légèrement) intimider sur le coup) (c’est d’ailleurs bizarrement à ce moment-là que je me suis mise à lire d’autres livres), ce qui fait vraiment toute la saveur de Belle du Seigneur à mes yeux, c’est cette toile de fond qu’Albert Cohen s’attache à tisser. Mettre 380 pages pour que les deux protagonistes principaux se rencontrent vraiment, ne montrer leur point de vue qu’une page de-ci de-là en laissant aux personnages secondaires une telle place, c’était audacieux. Et pourtant, difficile de ne pas savourer cette critique sociale. Quand on sait que l’auteur a lui-même travaillé aux Nations unies, on ne peut que se demander où s’arrête la vérité et où commencent la liberté créative. Comme le dit si bien Sir Cordon Sonnet (ou plutôt Alphonse Allais) « If it’s not true it’s well found » (« Si ce n’est pas vrai, c’est bien trouvé »).

Ainsi donc, je peux dire désormais avec un indicible soulagement que je ne ferai pas parti de ceux qui n’auront pas aimé Belle du Seigneur et seront condamnés à vivre avec cette tare dans le silence et la honte.

Plus que 563 pages (ce nombre me bien ridicule d’un coup).

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