Tous les parallèles que vous n’auriez peut-être jamais fait entre Bridget Jones et Orgueils et préjugés

Note : Qui dit vacances dit recyclage (et léger remastérisage parce que quand même). Cet article est un vieux de la vieille puisqu’il a été publié pour la première fois sur La boite de Pandore, mon blog du temps où j’écrivais un peu n’importe quoi et surtout n’importe quand. Mais tout n’est pas à jeter dans ce premier jet, et cet article fait partie de ceux qui m’ont toujours tenus à cœur. A tel point qu’il a également trouvé sa place sur So What. Autant dire que ceux qui me suivent depuis longtemps ne connaissent que trop bien cet article…

Non mais je vous vois venir. Vous vous demandez si je n’aurais pas par inadvertance le tapis de ma salle de bain (les grandes villes mènent droit à la drogue comme chacun sait) pour voir un rapport entre deux œuvres aux antipodes. Si quelques siècles séparent ces deux romans, que l’un est un délicieux classique romanesque et l’autre une comédie délirante sur les affres du célibat, ils n’en restent pas moins unis par leur réputation de « remonte-moral ». Si les puristes de la littérature préfèrent allègrement se tourner vers Austen alors que les amateurs de chick-lit se pencheront plus volontiers sur l’œuvre de Fielding, ces deux livres sont-ils vraiment si différents ?
(J’espère, cher lecteur, que tu apprécies mes tentatives désespérées d’inoculer un peu de suspens dans ta vie.)

 

Commençons par le classique du genre : Jane Austen nous conte l’histoire d’une famille modeste de cinq filles dans l’Angleterre victorienne. La mère, Mrs Bennet, ne pense guère qu’à marier ses filles, et l’occasion semble trop belle lorsque un gentleman s’installe dans le voisinage. Si ce fameux jeune homme semble enchanté à l’idée de se rapprocher de l’aînée de la famille Bennet, la très douce Jane, son entourage ne voit guère cette union d’un aussi bon œil.

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Pourquoi on aime ?

Pour Mr Darcy, irrésistible prince charmant de l’époque victorienne.
Pour le mordant de l’héroïne, son regard acerbe sur le monde et son sens de la répartie.
Pour l’histoire d’amour, sincère et profonde, rencontre improbable de deux milieux différents et de deux caractères très forts.
Parce que ce livre nous fait croire à l’amour même quand on a l’impression que notre vie tourne en rond.
Parce que sa lecture nous laisse rêveuse et optimiste.
Pour Jane Austen, tout simplement, et ses histoires d’amour réalistes qui finissent BIEN (ce qui, je le sens, ne va pas être le cas de Belle du Seigneur).

Quelques siècles plus tard, voici Bridget Jones, trentenaire britannique qui fume trop, boit trop, et on ne vous parle même pas de tout ce qu’elle mange ! Son rêve c’est pêle-mêle de rencontrer le Prince Charmant, d’avoir le physique de Kate Moss et faire une carrière du feu de dieu, de préférence sans fournir trop de travail. Mais bien sûr à la place elle écope de l’inénarrable syndrome du tout-à-la-fois, entre enfoirés affectifs, boulot ennuyeux, fauchage récurrent et mère en pleine crise d’adolescence.

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Pourquoi on aime ?

Parce qu’entre les mille vices et défauts de Bridget Jones, on se retrouve forcément un peu.
Pour Darcy, parce qu’il est bien difficile de résister à un homme aussi adorable (et qu’on est très faibles, il faut bien l’avouer).
Parce qu’à force de rire des misères de Bridget, on relativise sur nos propres ennuis.
Pour le format journal intime, toujours très agréable à lire.
Pour Helen Fielding, moqueuse comme l’était Jane Austen.
Parce qu’au final, l’auteur ne prend au sérieux ni elle ni son personnage, et ça fait du bien.
Parce que ce livre, c’est comme une bonne copine avec qui on prendrait un café et qui se confierait à nous.

Et alors, me demanderez-vous, quel peut bien être le rapport entre ces deux romans ?
Hommage à l’oeuvre de Jane Austen, Helen Fielding fait revivre Elizabeth Bennet au XXème siècle sous les traits de la névrosée Bridget Jones. Et si vous ne me croyez pas, les éléments suivants arriveront peut-être à vous convaincre :

Les vrais points communs :

* Première remarque, la plus évidente de toutes, les deux héros se nomment Darcy. Parallèle dont joue énormément Helen Fielding qui pousse son héroïne à comparer les mérites respectifs des Darcy (pour découvrir finalement que Mark Darcy a l’avantage non négligeable d’exister, lui) (enfin pour elle, parce que pour nous, bof).

* Bridget, tout comme Elizabeth Bennet dans Orgueil et Préjugés, a rapidement une très mauvaise opinion de Darcy et se décide plus ou moins à le mépriser à vie. L’une comme l’autre finissent cependant par changer d’avis parce que, disons le bien, Darcy, et ce sous toutes ses formes, est irrésistible.

* Mrs Jones, tout comme Mrs Bennet, est peu sortable, et leurs filles ont finalement une plus grande complicité avec leurs pères.

* Au début Bridget est folle de Daniel Cleaver et Elizabeth craque pour le très charismatique Wickham, qui ont tous deux des comptes à régler avec Darcy. En tous cas leurs retrouvailles sont souvent des plus froides.

* C’est Darcy qui règle les problèmes familiaux, tant pour la fugue de Mrs Jones avec Julio (et quelques millions), que pour celle de Lydia Bennet avec le fameux (et un peu trop séduisant) Wickham.

* Tout le monde veut épouser un Darcy, quelle que soit l’époque (et nous aussi, il faut bien l’avouer). Natasha (formidable avocate formidablement snob) et Caroline Bingley (jeune fille de bonne famille accomplie) ont bien l’intention de mettre le grappin sur l’Homme Parfait et se montrent quelque peu hostiles à l’égard de notre chère héroïne. Elles ne ratent pas non plus une occasion de l’humilier et nous pouvons mettre en parallèle les deux scènes suivantes : Elizabeth arrivant chez Mr Bingley pour venir chercher sa sœur, au terme d’une expédition dans la boue anglaise, et Bridget arrivant habillée en Bunny à ce qui aurait due être une soirée “Catin et Pasteurs”.

Les fausses divergences :

* Deux personnages de Orgueil et préjugés ont finalement été regroupés en un seul par Helen Fielding. Mrs Bennet et sa plus jeune fille Lydia deviennent Mrs Jones. La fugue de Mrs Jones peut donc être apparentée à celle de Lydia Bennet.

* Cette similitude m’apparaît comme une évidence, même si elle ne tient finalement qu’au fait que les personnages de Cleaver et Wickham sont apparentés. Alors que Daniel Cleaver couche avec la femme de Darcy dans Bridget Jones, Wickham s’échappe avec sa petite sœur. Faits à l’origine de leur haine réciproque.

Et enfin, fait amusant, les Darcy de Jane Austen et d’Helen Fielding sont tous les deux interprétés par Colin Firth, le grand fantasme de Bridget Jones.

A tous ceux qui seraient actuellement en extase devant mes fantastiques talents de détective (les propositions d’embauche de Scotland Yard ne devraient pas tarder à fuser), je tiens à préciser que depuis que m’est apparue cette similitude j’ai pu lire qu’Helen Fielding avait reconnu s’être inspirée d’Orgueil et Préjugés pour écrire le premier volet du Journal de Bridget Jones. Le second est quant à lui construit à partir de Persuasion (et cette fois les rapprochements sont encore plus importants, certaines scènes étant reprises presque à l’identique.

La semaine prochaine, vous découvrirez comment Orlando Bloom s’est inspiré de Barbie pour son interprétation de Legolas.
(Je sors.)

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2 réflexions sur “Tous les parallèles que vous n’auriez peut-être jamais fait entre Bridget Jones et Orgueils et préjugés

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